Depuis l’avènement de la Covid-19, les produits utilisés pour combattre la pandémie menacent davantage l’environnement

Depuis l’avènement de la Covid-19, les produits utilisés pour combattre la pandémie menacent davantage l’environnement

Les entretiens de WATHI – Série Covid-19 – Focus Togo

Félix Akizou Tagba

Pouvez-vous nous parler de l’impact de la Covid-19 sur la gestion des ordures en général ?

De nouvelles ordures sont apparues depuis l’avènement de la Covid-19. Il s’agit des masques, des papiers-torchons, des mouchoirs, des gants etc., de nouveaux déchets qu’on retrouve souillés à même le sol à travers tout le pays. Ces nouveaux déchets viennent s’ajouter aux nombreuses autres ordures ménagères habituelles, aggravant les problèmes environnementaux déjà existants.

Par exemple, les masques jetables peuvent durer plus de 450 ans dans la nature avant de se dégrader. Si rien n’est fait, nous aurons les mêmes problèmes que celui que nous avons avec les sachets plastiques.

C’est d’ailleurs pourquoi nous avons pris l’initiative d’exhorter les populations à privilégier les masques lavables, et de bonne qualité bien entendu. Il faut que nos dirigeants mettent en place des mécanismes pour gérer ces déchets par ce qu’on a aucune lisibilité sur la fin de la pandémie. Le port de masque est devenu obligatoire au Togo, mais il n’existe aucun mécanisme pour accompagner la gestion de ces masques, qui pour la plupart du temps se retrouvent dans notre environnement immédiat.

Je voudrais d’ailleurs passer par ce canal pour sensibiliser les populations à ne plus jeter les masques dans les rues, et à les jeter dans les poubelles. Puisque ces masques, aujourd’hui, on le voit, mais demain ces masques peuvent aller dans la mer, dans le sous-sol etc…

L’environnement mondial est-il plus en danger avec la survenue de la pandémie liée à la Covid-19 ?

Le monde semble effectivement être plus en danger avec l’avènement de cette pandémie qui vient accroître les pressions existantes sur notre environnement. Il faut cependant reconnaitre qu’il y a eu un certain allègement de l’environnement.  On a, en effet remarqué une « régénération » dans certaines localités du monde. Au Togo, où le confinement n’a pas été effectif, j’ai eu quand même à remarquer dans mon milieu sur certains passage piétons, qu’il y a eu des herbes qui ont poussé. Du jamais vu auparavant.

La salubrité observée habituellement sur les plages, sur les abords des rivières et sur les places publiques, a été réduite. L’utilisation des engins roulants a régressé. Du coup les gaz carboniques rejetés dans la nature par ces engins ont également été réduits. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’il faut toujours « confiner » la population pour avoir cet effet-là. Mais, je pense que la pandémie nous donne une leçon : il y a la possibilité de réduire la pollution tout en poursuivant le développement.

On a constaté une mobilisation planétaire pour éradiquer la Covid-19, pensez-vous que les questions liées à l’environnement telles que les changements climatiques pourront faire objet d’un tel engouement ?

L’idéal aurait été effectivement que les questions environnementales fassent aussi l’objet d’une plus forte mobilisation, puisqu’il s’agit, comme pour la Covid-19, aussi de la survie de la planète. La pandémie est apparue en 2019, les problèmes environnementaux existent depuis des siècles et l’humanité toute entière en a pleine conscience, même s’il existe encore des sceptiques.

On constate donc que les humains réagissent dans des situations d’ urgence quand leur survie est directement menacée : c’est ce qui s’est passé avec la C0vid-19. On remarque bien qu’il sera très difficile de mobiliser tant d’acteurs sur les questions environnementales qui ne constituent pas une priorité pour certains gouvernements.

Quelles sont vos recommandations pour un monde « en meilleure santé » et plus soucieux de l’environnement. 

La bonne santé et la protection de l’environnement sont intrinsèquement liées. Mon premier appel concerne la question urgente de la Covid-19 en lien avec l’environnement. Il s’agit de ces masques qu’on retrouve dans toutes les régions du Togo jonchant les rues. C’est maintenant qu’il faut intervenir en sensibilisant les populations qui ne maîtrisent pas forcément les conséquences fâcheuses que pourraient engendrer ces nouveaux déchets sur notre environnement.

On peut même recourir aux amendes pour décourager les citoyens à jeter les masques dans la rue. Le second appel est plus général, c’est d’inviter les États à penser, à reconsidérer l’urgence des questions environnementales dans leurs politiques de développement. Si plusieurs avancées ont été obtenues sur les papiers, le constat sur le terrain reste amer. Nous le devons à nos enfants, nous le devons aux générations futures.


Crédit photo : africagreenmagazine.com

Félix Akizou Tagba

 

Félix Akizou Tagba est journaliste multimédia basé au Togo. Il s’est spécialisé sur les questions environnementales.

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