Atakpamé sera d’ici 2030 une ville attrayante, écologiquement viable et un modèle de développement local

Atakpamé sera d’ici 2030 une ville attrayante, écologiquement viable et un modèle de développement local

Les entretiens de WATHI – Les régions du Togo

Kpandekpa Adome

Kpandekpa Adome est sociologue. Il coordonne le Réseau des ONG et associations de développement de la région des plateaux (COADEP).

Quelles sont les spécificités du patrimoine naturel de votre commune (nature, richesse, diversité, etc.).

La commune d’Ogou 1 est localisée dans la préfecture d’Ogou, située dans la région des Plateaux. La commune d’Ogou présente la particularité d’héberger Atakpamé :   la ville de « villes des 7 Collines ». Elle tire son nom du relief impressionnant dans lequel elle est bâtie.  Située à 160 km de Lomé, la ville d’Atakpamé est également le chef de lieux de la région des Plateaux. La commune est composée de trois cantons : Gnagna, Djama, Woudou.

La situation géographique de la commune constitue un atout majeur pour son développement socioéconomique. Elle est en effet localisée au carrefour de deux importants axes de communication (Togo-Burkina Faso et Ghana-Bénin). De ce fait, elle jouit d’une position stratégique privilégiée qui fait d’elle le plus grand centre commercial de la région des plateaux. L’économie de la commune est basée essentiellement sur l’agriculture et le commerce. C’est la zone du Togo où abondent divers fruits (avocat, bananes, plantain, orange …).

Les produits agricoles tels que les céréales (le sorgho, le maïs, mil etc..) et les tubercules (l’igname, le manioc, la patate douce etc..) sont en abondance.  Étant entourée de localités à haute activité agricole, Ogou 1 est une zone de convergence des produits agricoles venant de toutes localités voisines. Les autorités locales ont saisi l’opportunité de cette abondance pour créer trois types de marchés : un où on ne vend que des céréales, un autre pour les ignames et le troisième pour les fruits.

Sur le plan culturel, c’est une commune habitée par une mosaïque d’ethnies. Cependant, les groupes ethniques prédominant sont les Ifè, les Houdou, les Akposso et les Fon. Les ethnies allogènes sont principalement les Kabyè, les Nawda, les Lamba, les Tem et les Yorouba repartis aussi bien dans les anciens que les nouveaux quartiers.

Les structures traditionnelles, bien qu’influencées par le brassage avec d’autres peuples, reposent toujours sur la chefferie, les rites, les us et coutumes. Garante des us et des coutumes, la chefferie veille au respect des droits et devoirs de toutes les composantes de la communauté. Elle occupe une place clé dans la société. Dans la commune d’Ogou 1, on note une bonne cohabitation et une collaboration entre les autorités locales et celles traditionnelles. La principale fête de la Préfecture est « Odontsu » ou Fête des ignames, elle est célébrée chaque année au mois d’août. Sur le plan religieux, le christianisme est la religion prédominante suivie de l’animisme et de l’islam.

Au lendemain des élections locales de 2019, une nouvelle équipe communale a été installée dans la mairie. Avez-vous observé des changements depuis l’avènement cette équipe ? La situation progresse-t-elle dans la bonne ou la mauvaise direction ?

La décentralisation effective est considérée comme un élément clé de la bonne gouvernance qui garantit de la part des gouvernements centraux et locaux, un exercice du pouvoir efficace, intègre, équitable et responsable, de la démocratisation et le respect des droits de la personne. Au regard de la loi N°2018-003 du 31 janvier 2018, on peut affirmer que c’est une nouvelle ère de « territorialisation » qui libère les initiatives des collectivités locales et des populations pour l’organisation et la gestion de leur territoire pour en faire  »un territoire viable, compétitif et porteur de développement  ».

Les habitants et leurs élus doivent être conscients qu’ils sont les seuls responsables du développement de leur territoire et personne d’autres ne le développera à leur place. Ainsi, l’organisation des premières élections municipales en juin 2019, depuis plus de trente ans laisse une grande responsabilité aux nouveaux élus locaux dans la mise en œuvre d’une nouvelle dynamique dans le cadre de la gestion communale, de la transparence et de la participation citoyenne. Cette nouvelle ère devrait offrir aux nouvelles équipes communales l’opportunité de faire les choses autrement, de disposer d’une autonomie effective et de développer pleinement leurs ressorts territoriaux.

Ce qui ne semble pas être le cas au sein de la commune, sur l’ensemble du territoire togolaise en général, et dans la commune d’Ogou 1 en particulier. En effet, plus d’un an après l’installation de la nouvelle équipe communale, les lignes ne semblent pas avoir bougé. On n’observe aucun changement concret. En effet, la participation citoyenne, l’inclusion sociale, la prise en compte du genre et la reddition des comptes sont des aspects sur lesquels les populations espéraient une amélioration. Je salue d’ailleurs l’élection d’une femme à la tête de cette commune, chose un peu rare.

En effet, l’élection d’une femme à la tête de la commune constitue un signe d’espoir pour la prise en compte du genre dans les décisions communales. S’il est difficile de constater des changements dans le quotidien des habitants des sept collines, il faut quand même reconnaître la légère amélioration dans la gestion de la voirie avec l’arrivée de la nouvelle équipe communale. Cependant, beaucoup reste à faire dans ce domaine car le relief est un obstacle sérieux à l’accès à de nombreux quartiers.

Par ailleurs, l’élaboration du Pan de développement communale constitue une progression notable dans la gestion communale. Ce document stratégique important qui va servir de boussole à la nouvelle équipe a été élaboré dans une approche participative et inclusive avec l’appui du Programme de décentralisation et de gouvernance locale (ProDeGol) de la coopération allemande GIZ.

Ce plan est axé sur plusieurs orientations stratégiques notamment : le renforcement de la gouvernance locale et institutionnelle, le renforcement du civisme et de la citoyenneté, le renforcement des capacités de gestion des infrastructures économiques pour améliorer l’économie locale, le renforcement de la politique de l’urbanisme et de l’habitat pour un cadre de vie urbain améliorer le développement social axé sur la protection sociale des citoyens, la fourniture des services de base à la population.

Tel que formulé, ce plan ambitieux est d’un contenu pertinent et d’une actualité indéniable. Le grand travail  reste l’appropriation de ce plan par les élus locaux et même de tous les acteurs de développement communal. C’est un défi à relever pour les dirigeants de la commune. C’est en réussissant à mettre en œuvre ce plan qu’ils feront la différence avec l’ancienne équipe qui naviguait à vue. Il ne suffit donc pas d’élaborer des outils stratégiques, mais il faut les utiliser dans le strict respect des règles définies.

D’après vous qu’est-ce qui marche bien ? Quel est pour vous le problème le plus difficile à régler pour votre commune ?

L’implication des acteurs à la base dans la gestion des affaires un est espoir pour un lendemain meilleur. Le plus difficile à régler, c’est l’assainissement des quartiers et la voirie. Les quartiers sont débordés d’ordures ménagères et de dépotoirs sauvages malgré les efforts de la commune. L’accès à certains quartiers est difficile pour les engins et cela nécessité des pavés ou un bitumage.

Quels sont les défis particuliers auxquels sont confrontés les jeunes dans votre commune ?

Les jeunes sont confrontés au problème d’emploi. Le système éducatif, n’offrant pas de formation professionnelle adaptée, engendre un chômage prononcé surtout pour la couche des jeunes qui constitue l’essentiel de la population communale. Cette réalité s’observe à travers tout le pays. Au-delà de la politique nationale, les autorités communales peuvent se démarquer en saisissant l’opportunité entrepreneuriale qu’offre la commune de par son potentiel agricole, et touristique. L’entreprenariat est un domaine qui demeure méconnu de nos jeunes frères.

Comment imaginez-vous votre commune dans les années à venir ?

La commune d’Ogou 1 a une vision et je me permets de m’aligner derrière cette vision partagée par tous : « d’ici 2030, Atakpamé sera une ville attrayante et écologiquement viable, un modèle de développement local par sa gouvernance partagée, son économie florissante et son offre de services sociaux de base de qualité et en toute équité ».


Crédit photo : africardv.com

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