La collaboration population-État contre l’extrémisme au Benin et au Togo : Une Arme à double tranchant, Institut d’études de sécurité, 12 juin 2023

La collaboration population-État contre l’extrémisme au Benin et au Togo : Une Arme à double tranchant, Institut d’études de sécurité, 12 juin 2023

Auteur : Jeannine Ella Abatan  

Site de publication : ISS AFRICA  

Type de publication : Article  

Date de publication :  12 Juin 2023  

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Les attaques terroristes se multiplient au Bénin et au Togo. Depuis les premiers incidents survenus respectivement en mai 2019 et en novembre 2021, le mode opératoire des groupes extrémistes violents a évolué. Les attaques qui ciblaient que les forces de défense et de sécurité (FDS) se multipliaient contre les villages faisant des victimes parmi la population. Les groupes utilisent aussi de plus en plus d’engins explosifs improvisés qu’ils déposent sur les axes routiers.

L’insécurité restreint les déplacements et perturbe les activités génératrices de revenus, telles que l’agriculture, la pêche, les marchés et le commerce transfrontalier, qui sont pourtant vitaux et contribuent à la résilience des populations. Des écoles au Bénin et de centres de santé au Togo ont été fermés. Des enlèvements d’élus locaux et de leurs proches ou de personnes soupçonnées de collaborer avec les FDS, ainsi que des vols de bétails, ont également été rapportés. 

Dans un contexte sécuritaire de plus en plus volatile, la collaboration entre l’État et les civils comporte des risques pour les populations 

Les autorités du Bénin et du Togo avaient adopté de nombreuses mesures pour prévenir l’extrémisme violent. Ces mesures incluent des initiatives visant à impliquer les populations dans la recherche de solutions, notamment pour fournir des renseignements. Toutefois, dans un contexte sécuritaire de plus en plus volatile dans les deux pays, la collaboration des populations dans la lutte contre l’extrémisme violent comporte des risques pour elles. Ces risques méritent d’être examinés afin d’y apporter des réponses adaptées qui pourront encourager la participation des populations.

En mai 2019, le Togo a mis en place un comité interministériel de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent (CIPLEV). Il a pour mission de réduire la propagation de l’extrémisme violent, d’encourager le dialogue civil-militaire, et de renforcer la collaboration entre les FDS et les populations. Depuis sa mise en place, le CIPLEV a multiplié les campagnes de sensibilisation à l’endroit des populations, en particulier dans les régions des Savanes, Centrale, et de la Kara. 

Dès 2018, les autorités togolaises ont déployé l’opération militaire « Koundjoaré » dans la région des Savanes. Elle a pour mission de renforcer la sécurité et de prévenir les infiltrations des groupes extrémistes violents dans cette zone frontalière avec le Burkina. Elle entreprend également des actions civilo-militaires telles que des consultations médicales gratuites au profit des populations dans l’objectif de les encourager à contribuer au renseignement et à l’alerte précoce. 

Les populations sont plus que de simples viviers d’informations. La collaboration avec l’État doit les considérer dans leur globalité 

Certains comportements devraient être évités . Les populations ont rapporté des faits de racket, de tracasseries sur les routes, d’amalgames et de stigmatisation des communautés par les FDS ainsi que des violations des droits humains dans le cadre des opérations antiterroristes. À long terme, l’efficacité de l’approche passe aussi par une meilleure gouvernance du secteur de la sécurité, garante de la transparence, de l’anticipation, de la redevabilité et du professionnalisme des FDS. 

Début 2022, les autorités togolaises ont lancé le Programme d’urgence pour la région des Savanes au Togo pour renforcer la résilience des populations. Son efficacité dépendra de sa capacité à réduire les vulnérabilités socio-économiques susceptibles d’être instrumentalisées par les groupes extrémistes violents. Elle dépendra aussi de sa capacité à améliorer les conditions de vie des populations, y compris celles qui sont déjà directement affectées par l’insécurité. 

En ce qui concerne le caractère dynamique de la menace, l’impact réel des différentes réponses sur les populations doit être continuellement évalué afin que les ajustements nécessaires soient apportés au fur et à mesure que la menace évolue. Cela permettra aux autorités béninoises et togolaises de répondre aux besoins des populations et d’ assurer  leur sécurité. Ces conditions sont essentielles pour garantir une collaboration à long terme entre l’État et la population.