« Si nous voulons contribuer réellement au développement de notre pays et à l’essor de la jeunesse togolaise, il nous faut proposer des solutions, pas uniquement des critiques », entretien avec Edouard Lawson-Body, jeune entrepreneur togolais

« Si nous voulons contribuer réellement au développement de notre pays et à l’essor de la jeunesse togolaise, il nous faut proposer des solutions, pas uniquement des critiques », entretien avec Edouard Lawson-Body, jeune entrepreneur togolais

Edouard Lawson-Body est un jeune entrepreneur togolais, et passionné de politique. Il représente le Parti démocratique panafricain (PDP), au sein du cadre de concertation national des acteurs politiques (CNAP), en vue de l’organisation des premières élections régionales du pays qui viendront compléter et finaliser le processus de décentralisation entamé dans le pays depuis quelques années.

Il est diplômé en Droit et en Sciences politiques de l’université de Kara. Spécialiste en droit privé des affaires, il dirige le Cabinet Dzena Agency spécialisé dans le service aux entreprises ainsi que dans l’accompagnement des startups.

Que pensez-vous de l’implication des jeunes dans la politique ?

J’ai personnellement remarqué que les jeunes togolais ont du mal à entrer dans la sphère politique. Pourquoi ? Les jeunes togolais d’aujourd’hui ne s’intéressent pas à la politique, car ils se sentent découragés vu les échecs des aînés dans leurs combats pour l’alternance politique au Togo. Beaucoup de jeunes disent que si les anciens n’ont pas réussi, ils ne pourront pas réussir.

Ils préfèrent se lancer dans le business, chercher leur pain quotidien afin de pouvoir subvenir à leurs besoins. Il faut aussi dire qu’au Togo, la politique inspire la peur. Ici, quand on veut faire ou parler de la politique, c’est toute la famille, depuis l’oncle jusqu’à l’arrière-grand-mère qui te disent d’éviter le domaine de la politique. Ils te diront que c’est dangereux de te lancer dans ce domaine.

Je pense qu’on doit dépasser cela et réellement trouver la force et le courage d’affronter les peurs et aller au-delà. C’est très facile à dire, mais pas facile à faire. Je veux être de ceux qui le disent et qui essayent vraiment de le faire. Nous passons beaucoup de temps à critiquer le gouvernement en place, mais sommes-nous prêts à assumer nos pensées ?

Il faut aussi dire qu’au Togo, la politique inspire la peur. Ici, quand on veut faire ou parler de la politique, c’est toute la famille, depuis l’oncle jusqu’à l’arrière-grand-mère qui te disent d’éviter le domaine de la politique

Il faut quand même souligner qu’aujourd’hui, au Togo, nous avons plusieurs orientations politiques qui permettent aujourd’hui aux jeunes de pouvoir intégrer la sphère politique togolaise. Le gouvernement actuel est conscient qu’il ne pourra pas évoluer sans impliquer les jeunes dans l’action politique qui se fait aujourd’hui.

Récemment, le gouvernement togolais a élaboré de nouveaux projets dont l’un est un projet d’excellence qui facilite l’entrée des jeunes en politique et dans l’administration togolaise. Le projet d’excellence a été mis en place pour permettre aux jeunes titulaires ou non d’un master d’obtenir des bourses d’études et des formations supplémentaires en gestion politique et administrative.

Pourquoi avez-vous décidé personnellement de vous engager dans le monde de la politique au Togo ?

En réalité, ce sont les expériences et mon vécu qui m’ont emmené à m’engager dans la sphère politique togolaise. Je me suis rendu compte que d’autres personnes prennent des décisions à notre place. Des décisions qui ne reflètent pas toujours ce que nous pensons et voulons. Il y a un déphasage constant entre ce que nous voulons en tant que jeunes et ce qui nous est réellement proposé.

C’est cette raison qui justifie mon engagement au sein du Parti démocratique panafricain (PDP) afin de pouvoir faire des propositions. Il s’agit essentiellement de propositions et d’orientations, car mon parti ne représente pas encore la frange majoritaire du parlement togolais.

Pensez-vous que vos propositions et orientations sont prises en compte par le gouvernement ?

Le gouvernement écoute nos propositions et orientations. Le gouvernement est ouvert et disposé à nous écouter. Le souci, c’est qu’une fois que les propositions ont été écoutées, il n’y a pas une mise en pratique ou une retranscription dans les faits des propositions et orientations. Souvent, ils nous disent qu’ils ont d’autres priorités qui ne cadrent pas avec nos propositions actuelles.

Quand nos propositions ne sont pas directement mises en place par le gouvernement, nous essayons nous-mêmes, au niveau du social, de les exécuter en tant que personnalité privée en association avec des organismes privés. C’est la relation entre notre action politique et notre action au niveau du social. Si nous voulons contribuer réellement au développement de notre pays et à l’essor de la jeunesse togolaise, il nous faut proposer des solutions, pas uniquement des critiques.

Qu’est-ce qui explique les échecs de l’opposition pour la réussite de l’alternance au Togo ?

Au Togo, on se rend compte que nous avons une classe politique vieillissante aussi bien du côté du gouvernement que de l’opposition. La sphère politique togolaise est remplie de personnes adultes qui sont en train de diriger une classe sociale ou un peuple extrêmement jeune. L’écart est flagrant entre l’âge moyen de la population et les dirigeants.

L’âge moyen au Togo est de 21-22 ans. Cependant, l’âge moyen de la classe dirigeante tourne autour de la soixantaine. Donc, nous avons 40 ans d’écart dans une société composée essentiellement de jeunes. La différence d’âge est importante. Les dirigeants ainsi que les partis de l’opposition ne comprennent pas réellement les problèmes auxquels sont confrontés les jeunes togolais dans leurs quotidiens, afin de pouvoir légiférer dans les secteurs clés et amener les jeunes à découvrir de nouvelles opportunités pour demain.

Il faut aussi dire que l’opposition togolaise peine à assurer la relève. Les partis politiques de l’opposition togolaise ont des difficultés à insérer ou accueillir les jeunes au sein des instances dirigeantes afin de procéder à une alternance et assurer ainsi une relève et la continuité de leurs partis.

L’âge moyen au Togo est de 21-22 ans. Cependant, l’âge moyen de la classe dirigeante tourne autour de la soixantaine

Nous nous retrouvons avec des partis politiques de l’opposition composés à majorité d’anciens membres. La jeunesse ne se retrouve pas dans ces schémas. Pourquoi ? Parce que les jeunes d’aujourd’hui trouvent qu’ils ont mené un combat qui a abouti à un échec qu’est le manque d’alternance politique au Togo.

Personnellement, j’ai la possibilité d’être au plus haut niveau de l’instance dirigeante de mon parti, le Parti démocratique panafricain (PDP), car

Que proposez-vous pour améliorer la présence des jeunes dans la sphère politique togolaise ?

Au niveau de l’opposition togolaise, nous n’avons pas une relève assurée par la jeunesse. Je pense réellement que nous devons tout revoir, du début jusqu’à la fin, afin que les jeunes ayant de nouvelles idées puissent intégrer la sphère politique togolaise. Nous pourrions même penser à créer un parlement de la jeunesse comme cela se fait dans beaucoup de pays pour y faire des propositions concrètes pour et par les jeunes.

Les partis politiques de l’opposition togolaise ont des difficultés à insérer ou accueillir les jeunes au sein des instances dirigeantes afin de procéder à une alternance et assurer ainsi une relève et la continuité de leurs partis

J’aimerais aussi que les autres partis politiques comprennent qu’il faut intégrer la jeunesse au sein des organes ou des instances dirigeantes. Pourquoi ? Parce que c’est seulement de cette manière que nous pourrons assurer la continuité du travail et la relève. Il faut que l’opposition puisse transmettre le flambeau à une nouvelle jeunesse.

Au niveau du gouvernement, nous avons assisté progressivement à un changement. Il faut le reconnaître. Il y a certaines personnes qui sont toujours là, mais leur entourage s’est beaucoup rajeuni ces dernières années. Et c’est cet entourage, qui demain, si nous ne faisons pas attention formera les challengers.


Crédit photo : horizon-news.net

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