« Au Togo, nous sommes dans une dynamique de rattrapage de la décennie perdue en termes d’infrastructures », entretien avec Foly Ananou, doctorant en économie à l’Université de Limoges en France

« Au Togo, nous sommes dans une dynamique de rattrapage de la décennie perdue en termes d’infrastructures », entretien avec Foly Ananou, doctorant en économie à l’Université de Limoges en France

Foly Ananou est un jeune togolais qui fait actuellement une thèse en économie à l’université de Limoges en France. Il se spécialise sur la réglementation bancaire notamment sur les nouvelles règles qui vont être appliquées aux banques dans les prochaines années. Depuis 2011, il est membre du Think tank l’Afrique des idées (ADI), un think tank à vocation panafricaine.

Comment se porte l’économie togolaise ?

Il est important de souligner que pour parler de l’économie togolaise, nous devons prendre en compte deux périodes.  La période dite de la décennie morte ou décennie nommée « décennie de la perte » qui commence dans les années 90 et la période dite de reprise qui commence dans les années 2000.

Les années 1992/1993 représentent une période très marquante dans l’histoire politique et économique du Togo. En 1992, le Togo a été mis sous embargo et a subi des coupures de fonds à cause d’une crise politique interne. Le Togo a considérablement souffert de cet embargo, car durant cette période le pays a vraiment pris du retard sur le plan économique par rapport aux pays voisins de la région.

À partir de 2005, à la suite d’une amélioration du panorama politique du pays, l’embargo a été levé, l’économie togolaise a été relancée et elle est de plus en plus dynamique. Aujourd’hui, les données sur l’économie togolaise montrent clairement une certaine dynamique, une certaine « émergence ». Nous avons actuellement une économie qui est en pleine croissance.

L’économie togolaise qui vient de décoller est en train de rattraper les retards de la décennie perdue. Et c’est tout à fait normal! Lorsqu’on a été dans une situation économique assez compliquée, un choc positif aura tendance à montrer des signes de croissance robuste.

Quel est l’impact de cette croissance sur le développement du pays et plus particulièrement sur le bien-être des citoyens togolais ?

Pour être sincère, il est difficile de dire et encore plus de capter actuellement l’impact de cette croissance sur le bien-être des citoyens togolais. Pourquoi ? Parce que dans toute économie, il y a une phase dite phase de construction où des ressorts sont mis en place pour relancer l’économie puis, il y a une phase où l’on commence à avoir des effets.

Cela veut dire qu’actuellement, la croissance du Togo, telle qu’on la voit, est portée par les investissements qui se font plus dans la construction (BTP, construction de routes ou dans les premiers chantiers…) tout simplement pour rattraper le retard accumulé sur les autres pays en matière d’infrastructures. C’est très bien, c’est normal et ça prouve juste qu’il y a un travail qui se fait pour remettre le pays à niveau pour aussi lui permettre d’être compétitif.

Je pense que le Togo est sur une bonne lancée, car nous sommes dans une dynamique de rattrapage de la décennie perdue en termes d’infrastructures. Maintenant, il va falloir qu’on attende la fin de ces travaux structurants (le fait de construire une autoroute, de construire des ponts et ainsi de suite …) pour pouvoir analyser l’impact de cette croissance sur le développement du pays et sur le bien-être de la population. Est-ce que cela a changé complètement le visage du Togo ? Est-ce qu’on aura plus d’entreprises qui viennent s’installer dans le pays ? Est-ce qu’il y aura plus d’emplois ? Est-ce que les zones rurales dans lesquelles les activités agricoles se font vont être plus facilement reliées à la ville ? Est-ce que cela va permettre une diminution des temps de liaison entre l’intérieur du pays et la côte et ainsi de suite… ?

Nous pourrons effectivement dire si les chantiers en cours aujourd’hui permettent d’atteindre une croissance plus robuste dans le futur avec un impact qualitatif sur le bien-être de la population.

Qu’est-ce qui explique le taux élevé de chômage au Togo ? Est-ce à cause du budget de l’État togolais ?

C’est peut-être une question de budget, ou de planification, tout simplement. Dans le cas du Togo, c’est difficile à dire. Ayant connu une période de disette, il faut avoir des priorités. Aujourd’hui, la priorité du gouvernement est de résoudre la question des infrastructures routières et de production, pour ensuite s’attaquer au secteur de l’éducation et de l’emploi.

Au fond, nous ne pouvons pas comparer les priorités des pays, les uns des autres, que ce soit le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, car les configurations ne sont pas pareilles. Les histoires des peuples ne sont pas pareilles.

Comment se calcule le budget de l’État ?

Dans un pays, élaborer le budget revient à anticiper globalement ce que l’État peut avoir comme revenus et dépenses. Le budget d’un état permet de lire l’action de l’État sur une année donnée. Le budget de l’état doit aussi prendre en compte la politique publique que l’État veut mettre en place. Si un État décide, par exemple, de mettre l’accent sur l’éducation, cela veut dire qu’il va beaucoup dépenser dans l’éducation.

Si un état décide de mettre l’accent sur la santé, il va devoir beaucoup investir dans le domaine de la santé. Si l’État veut mettre l’accent sur le remboursement de la dette, il va le traduire à travers sa politique budgétaire. Il est aussi important de noter que dans le budget de l’État, il y a une partie qui ne doit et va jamais bouger et qui doit tout le temps être géré :  c’est le paiement des salaires des fonctionnaires de l’éducation et ceux de l’Assemblée nationale.

Une fois que l’État a anticipé ses dépenses, il faut qu’il aille trouver de l’argent pour financer une partie de ces dépenses. Une part des revenus viendra de l’économie locale (les taxes appelées recettes que l’État va pouvoir collecter sur la production ou la consommation des entreprises ou des ménages), et une autre pourra aussi venir d’ailleurs (emprunter auprès d’autres États, des banques ou même des citoyens nationaux).

Est-ce que l’État togolais peut créer et prélever des impôts partout et sur tous les produits?

Ce qui se fait généralement, c’est d’aller chercher des poches où il est encore possible de taxer ou de pouvoir récupérer de l’argent.  Récemment au Togo, une réforme du système fiscal a été faite dans le but de maximiser la collecte des taxes. Malheureusement, il y a encore plein d’activités (surtout les activités du secteur informel) qui ne sont pas taxées donc ne rentrent pas dans l’assiette fiscale.

Qu’est-ce une assiette fiscale ?

L’assiette fiscale représente toutes les activités sur lesquelles l’État peut prélever des taxes. Malheureusement, nous constatons que l’assiette fiscale au Togo est assez étroite. Il n’y a pas assez d’activités qui soient intégrées dans cette taxe que nous nommons assiette fiscale. Il faudra faire à ce niveau un travail assez colossal en allant chercher le maximum d’activité, notamment tout ce qui est classé comme informel et les taxer.


Crédit photo : togofirst.com

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