Togo : la majorité des femmes qui évoluent dans le secteur informel ont vu leurs activités connaitre une régression remarquable durant la crise sanitaire

Togo : la majorité des femmes qui évoluent dans le secteur informel ont vu leurs activités connaitre une régression remarquable durant la crise sanitaire

Les entretiens de WATHI – Série Covid-19 – Focus Togo

Mme Laure Amoussou-Amana

Plusieurs experts affirment que les épidémies et les catastrophes naturelles affectent différemment les hommes et les femmes. Les femmes et les filles seraient touchées de manière disproportionnée avec un impact plus profond. Qu’en pensez-vous ?

Effectivement, les pandémies et les catastrophes naturelles peuvent causer l’augmentation de tâches domestiques pour les femmes ou bien les rendre plus compliquées. Les hommes n’ont pas l’habitude de rester à la maison avec les enfants qui crient et qui bougent beaucoup. Cela les énerve. Cette situation est bien observable en période de « confinement ». Les femmes sont habituées à user de leur tact, de patience et d’écoute envers les enfants. Elles sont obligées de supporter en plus des agitations des enfants les humeurs des hommes (de leurs maris).

La majorité des femmes évoluent dans le secteur informel. Nombreuses sont celles dont les activités ont connu une régression remarquable. Par contre les femmes du secteur formel ont un revenu garanti.

Les efforts des autorités  sont concentrés sur la réduction de la progression du Covid-19. Selon vous, quelles conséquences les mesures restrictives pourraient-elles avoir sur la fourniture de services de planification familiale et d’autres services et produits de santé sexuelle et reproductive ?

D’une part, tous les efforts sont concentrés sur la prévention et la réduction du Covid-19, la fourniture de certains services peut être occultée au profit de la pandémie dont les services de planification familiale. Les autres maladies sont reléguées au second plan. Cela présente évidemment des risques pour la gestion des autres maladies.

Comment évaluez-vous l’impact socioéconomique des restrictions prises par les autorités contre le Covid-19 sur les femmes ?

Les activités génératrices de revenus des femmes ont été touchées du fait des nouvelles horaires de travail fixées par le gouvernement, et des heures du couvre-feu qui empêchaient celles qui avaient des activités  à des heures tardives de le faire. Les marchés aussi avaient eu de nouvelles horaires d’ouverture et de fermeture, les véhicules de transport ayant été obligé de revoir le nombre des passagers, de cinq à trois, augmentant considérablement les tarifs des moyens de transport. Tout cela a eu des répercussions sur les activités socio-économiques des Femmes, et aussi des citoyens de façon générale.

Comment la crise sanitaire liée à la Covid-19 affecte-t-elle les femmes enceintes ?

Les femmes enceintes se méfient et ont peur de la fréquentation des centres de santé dans le cadre des consultations prénatales.  Toutes les maladies infantiles et les périodes de vaccination ont été des moments de peur perpétuelle pour les parents et surtout les mamans.

Des organisations féminines togolaises ont récemment tiré la sonnette d’alarme sur la recrudescence violences domestiques et celles basées sur le genre. Comment expliquer cette montée de violences liées au genre en pleine crise sanitaire ?

La montée des violences basées sur le genre en période de crise sanitaire peut être liée au fait que l’on n’a pas l’habitude de rester ensemble toute la journée. Si on n’est pas bien occupé et organisé, l’ennui peut fatiguer psychologiquement. Les parents font plus de dépenses en nourriture quand les enfants sont sur place et tout cela créé des tensions dans le couple. Des violences verbales, aux violences physiques et conjugales, le pas est très vite franchi.

Quel est le niveau de représentation des femmes dans la gestion de la pandémie ?

Au Togo, nous n’avons pas vu de femme dans les comités de gestion national de la pandémie. Mais dans les communes, certaines femmes  et jeunes filles se sont démarquées.

Pensez-vous que des réponses « genrées » seraient plus efficaces contre le Covid-19 ?

Les réponses « genrées » doivent être les meilleurs moyens, et seront plus efficaces contre le Covid-19 en ce sens que les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes besoins.

Les droits à la santé sexuelle des jeunes filles n’étaient pas totalement respectés en période normale, comment sauvegarder ces droits en cette période de Covid-19 ?

Il s’agira d’accentuer la communication pour que les droits à la santé sexuelle des jeunes filles soient respectés en période de crise sanitaire. Les femmes victimes de violence basées sur le genre en période de crise sanitaire peuvent trouver assistance auprès des personnes en qui elles ont confiance dans leur famille, auprès des organisations de défense des droits des femmes, dans les centres d’écoute. Une personne violentée participe moins au développement du pays et à son propre épanouissement. La violence n’est pas une fatalité. On peut l’éviter.


Crédit photo : togofirst.com

Laure Amoussou-Amana

 

Laure Amoussou -Amana est journaliste-sociologue de formation. Durant les 10 dernières années, elle a mis son expérience et ses connaissances au service des organisations qui militent pour le respect des droits humains au Togo. Défenseure des droits de la Femme, elle est consultante sur des thématiques comme le genre, la justice transitionnelle, la décentralisation, l’observation électorale, le leadership transformationnel et la prévention et gestion pacifique des conflits. Aujourd’hui consultante senior et facilitatrice sur la question de la consolidation de la paix au Togo, elle occupe le poste de chargée de programme femme Paix et Sécurité et jeunesse éducation à la paix à WANEP-Togo.

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